Hypothermie : Les règles de base.

Tout d’abord le maitre mot est l’acclimatation en ne cessant jamais de nager à la fin de l’été vous n’affronterez pas un mur à la fin de l’automne ou en plein hiver lorsqu’un jour de beau temps vous serrez tentez de plonger en pleine mer ou en lac. D’ailleurs ne plongez pas, mais rentrez peu à peu, vous n’avez pas envie de connaitre le choc soudain à cause de la réaction violente de votre corps face à cette agression.

Ne négligez pas un bon échauffement avant d’aller nager afin de préparer votre corps et de hausser un peu sa température extérieure et de ne pas brusquer les muscles ou le coeur en partant trop vite. Tachez de vous détendre dans l’eau, facile à dire, moins souvent à faire… L’idéal étant d’échauffer les articulations en partant des chevilles et en remontant petit à petit vers la nuque. Puis d’étirer le dos et les bras puis de faire monter le cardio en s’activant à sec et en faisant tourner les bras plus vite afin d’être dans la meilleure posture pour aller nager.

Même si j’aime le faire, la prise de parole publique m’invite à vous dire de ne pas nager seul, ou encore mieux de ne pas vous éloigner d’un point de sortie sûr afin de pouvoir mettre fin à l’expérience dès que vous sentirez que ça devient trop dur.

À défaut de vous conseiller de nager en combinaison Néoprène je peux vous dire que le port de deux bonnets en silicone peut aider à ne pas perdre trop de chaleur par la tête. On peut aussi s’enduire le corps de graisse à traire aux mêmes fins et, en plus se prémunir des frottements dû au sel.

N’hésitez pas à réduire le temps d’immersion au fur et à mesure que la température baisse avec la saison d’hiver, et évitez les sorties de fleuve ou autres cours d’eau qui se jettent dans la mer car le courant sera à ces endroits encore plus froid, choisissez plutôt des baies bien protégées pour assurer aussi une sortie de l’eau facile, et, une mise à l’eau progressive.

Enfin le moment le plus délicat sera celui où vous tenterez de vous habiller, si vous êtes chanceux et qu’une douche chaude est à disposition vous devrez éviter d’en passer par là malheureusement afin de ne pas brusquer le réchauffement du noyau central de votre corps qui pourrait se refroidir d’un coup en chassant par cet effet le sang très froid vers lui. Donc douche oui mais à température très modérée ou pas de douche du tout.

Profitez d’un peignoir adapté pour éviter le vent et l’air froid immédiatement et couvrez vous la tête, le point vital à protéger dans toutes vos activités, buvez de l’eau et n’hésitez pas à manger un peu pour reprendre des forces, le plus dur sera de fermer des boutons ou ses lacets tellement les tremblements vont arriver.

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À ce propos comme vous allez nager avec un sac étanche n’hésitez pas y placer un peignoir (ou une couverture de survie à défaut) pour vous réchauffer au plus vite si vous sortiez de l’eau bien avant votre point prévu pour cela et de pouvoir revenir à pieds vers votre vestiaire.

En supposant que vous suiviez tous ses conseils et que vous ne soyez pas seuls voilà une petite liste  des symptômes de l’hypothermie que vous pourriez reconnaitre auprès de vos compagnons de nage (ou de vous même pour certains jusqu’à un certain stade) soyez donc vigilant si celui-ci commence à souffrir de faim ou de nausée, s’il respire fort ou qu’il a du mal à parler, si sa nage ressemble de moins en moins à ce qu’il sait faire dans des conditions normales.

Si vous êtes témoins de cela arrêtez vous et sortez de l’eau car il est fort possible qu’il soit pris de tremblement, qu’il soit confus, et que son rythme cardiaque se soit emballé, que son teint soit très pâle pour ne pas dire blafard et qu’il soit littéralement gelé et donc  ne sente plus ses extrémités.  Nous venons ici, de décrire le stade premier de l’hypothermie légère et il en existe malheureusement un deuxième et un troisième beaucoup plus dangereux.

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Le stade suivant est encore modéré et consiste en une légère aggravation des symptômes cités plus haut. La confusion va s’accroitre, le pouls ralentir, la respiration se faire difficile au risque d’un assoupissement ou d’un état de somnolence. Les tremblements seront plus importants, en découleront une tension musculaire très importante, et la coordination des gestes très difficiles mais le nageur pourrait lui ne pas paraitre concerné par ce risque qui peut aboutir à une perte de conscience. Il se peut que la personne s’habille de manière très peu efficace il faudra alors l’aider. Mais on est là dans un état qui peut s’améliorer en une heure ou deux par un réchauffement doux et une attention portée au pouls notamment.

Par contre si la personne est déjà en hypothermie sévère il se peut que momentanément la situation ait semblé s’améliorer avec la cessation des tremblements, en deçà d’une certaine température le corps ne tremble plus. Si la confusion est toujours présente et que vous perdez son pouls ou que la respiration se fait de plus en plus aléatoire il y’a un vrai risque de coma, et donc de mort. Il est temps d’avoir un expert médical et de pouvoir apporter des soins de réanimation appropriés.

Ceci dit l’eau froide c’est aussi un vrai plaisir, je vous invite si vous souhaitez la pratiquer de vous rapprocher de nageurs la pratiquant en groupe dans des conditions de sécurité favorable à la découverte de cette « discipline » qui a d’ailleurs une fédération et des compétitions en eau très froide (0 à 2°C).

En France des nageurs comme Jacques Tuset ou Philippe Fort sont d’ailleurs de références en la matière. Renseignez vous, préparez vous et rendez vous en mars quand l’eau sera vraiment froide pour l’instant c’est encore l’automne…

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La carte et le territoire

La carte et le territoire :

Si l’on voit dans beaucoup de sports des athlètes se fixer des objectifs chronométriques très précis, en marathon notamment, ou en triathlon également avec des barres symboliques sous les 4 heures, sous les 9 heures et avec des sas de départ en fonction de la vitesse, on est loin de tout cela en eau libre car le milieu naturel reste le plus fort et peut venir transformer un dernier kilomètre en un graal qu’on atteindra jamais.

Tout d’abord il est plus difficile de dessiner un parcours d’eau libre qui va s’adapter à la perfection à la distance souhaitée et de placer les bouées sur le parcours selon cette prévision idéale. Il faut certes maitriser la carte mais sur le terrain, on peut rencontrer bien des cas de figures qui vont venir rallonger les distances et la durée d’une épreuve qui sur le papier fait pourtant bien 5 ou 10km.

On pense à juste titre au courant, au vent ou aux vagues, mais le problème vient aussi de la navigation qui va se mettre en place pour aller d’un point à un autre et en l’absence de ligne bleue ou noire au fond du lac on s’en remettre souvent à un point sur terre parfois très distant, voire à la côte en espérant la longer correctement. Il ne s’agit bien souvent pas de la ligne la plus courte pour rejoindre la prochaine balise et cela rallonge un peu la distance, et je ne parle pas de nageurs qui ne nagent pas droit d’un point A à un point B mais de nageurs qui vont pour nager « droit » prendre des repères qui vont les éloigner de la trace la plus directe, celle que l’organisateur a dessiné sur sa carte et qui semblait facile à suivre lors du briefing de départ.

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Un tour de Lac qui promet bien des détours car on a toujours tendance à longer une côte qui elle ne suit que ses envies.

J’en profite ici pour revenir sur ma dernière expérience en la matière lors de la coupe de France dans le lac de Paladru qui proposait un 10km en tour du lac qui semblait attirant mais qui s’est avéré être un très gros 10km à l’arrivée en nageant de manière stable et en faisant au mieux en terme de navigation le ravitaillement qui devait se situer à mi-chemin s’est retrouvé à plus de 6km à défaut de bouées permettant aux nageurs de rester sur la ligne droite dessiner sur la carte.

Je modère mes propos, l’organisation était perfectible (sécurité, juges et bouées plus présents) mais ce fut une très belle épreuve et le lac en question était magnifique.

Ensuite il arrive que la ligne droite ne soit pas la meilleure pour arriver au plus vite à un point, car le courant ou le vent et la houle peuvent retarder le nageur en lui opposant une résistance trop forte quand il serait préférable de s’en protéger et d’en profiter le plus possible pour finir plus fort. Un simple courant à 2 ou 3 km/h ou un vent de face va compliquer la tâche du nageur d’eau libre qui préférera faire avec la marée ou le vent en se laissant déporter.

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Une carte modifie toujours notre point de vue sur le monde qui nous entoure

Vient ensuite le trajet dont on sait depuis le début ne sera pas une belle ligne droite mais un beau S qui va nous ballader à gauche et à droite selon la montée ou la descente de la marée, comme lorsque l’on traverse la Manche par exemple. On a pu longtemps croire avant le GPS que l’on nageait une trentaine de kilomètres de Douvre à Calais en ligne plus ou moins droite, et en fait on nage bien plus en allant et venant autour de l’axe que l’on se fixe depuis le début. Ici aussi le territoire reprend la main assez rapidement. D’ailleurs mal calculer son heure de départ pour une traversée de la Manche peut conduire à nager contre la marée et à rallonger très sensiblement son chrono. Lire le récit du maitre en la matière Jacques Tuset sur son blog.

Car au fond, peut on prévoir la durée d’une nage en eau libre? Cela parait difficile car il suffit d’un de ses éléments pour venir bouleverser totalement la nage marathon qu’on a envisagée et qui sur le papier paraissait tout à fait faisable, mais il n’est pas inhabituel qu’un nageur rapide mette un temps bien supérieur à d’autres traverser un détroit ou qu’un autre pourtant bien préparé se voit abandonner à 2km de la côte après des heures d’effort contre le courant ou le froid et le vent.

Contre le froid me direz vous il pourrait y avoir la solution de la combinaison Néoprène mais en eau libre nous sommes nombreux à militer pour que les compétitions se fassent sans, en traversée de détroits la règle la proscrit tout simplement pour mettre tout le monde a égalité dans le temps.

Reste une question : le Néoprène fait il nager plus vite? À cela une réponse ambiguë, car en fait  cela dépend surement de la qualité du Yamamoto en question mais aussi des capacités et du profil du nageur, pour autant sur le papier si cela semble vrai, les dernières compétitions Fina où les combinaisons furent autorisées se sont nagées plus « lentement » que les éditions passées. La faute n’est pas à chercher dans une stratégie de course ou dans le manque d’expérience des nageurs (ici cela peut juste modifier le classement en favorisant certains nageurs de haut niveau, plus aptes à s’adapter, ou dont la morphologie va être avantagée par un apport en Néoprène) mais bien au milieu naturel qui reprend ses droits avec du courant défavorable le jour de l’épreuve rendant impossible de parier sur un chrono avant le départ sauf à se croire en bassin de 10.000 mètres.

Nager en milieu naturel, comme faire la montagne d’ailleurs, c’est avant tout s’adapter à la faune, la flore, à la météo et aux aléas et c’est peut être pour cela qu’on appelle cela de l’eau libre, de là à penser que les autres ne le sont pas, il n’y a qu’un pas.